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Madeleines au thé vert

madeleines au thé vertJe trouve que, lorsqu’on s’intéresse un peu à la pâtisserie et à la cuisine de manière générale, il est impératif de connaître les techniques de base. On a trop souvent tendance à brûler les étapes, à vouloir réaliser de grandes choses sans être capable de maîtriser les « petites ». Du coup, je me force à tester des recettes basiques et force est de constater que leur réalisation est un enseignement!

La madeleine, outre sa délicieuse référence littéraire, m’a toujours intriguée…surtout parce que j’ai dû faire 5 essais avant d’obtenir enfin cette succulente bosse! Deux gestes indispensables: premièrement, fouetter vivement la pâte à chaque étape de la préparation, pour y incorporer une grande quantité d’air. La madeleine sera ainsi bien gonflée et aérienne. Deuxièmement, il faut imposer à la pâte un choc thermique important. Refroidie au frigo ou au congélateur, la pâte passe directement dans un four préchauffé à 230-240°C. La forme du moule (plus profond en son centre que sur les côtés) induit une cuisson rapide des bords et, donc, le centre gonfle indépendamment.

Lors de la première fournée, restez devant votre four car il faudra ôter les madeleines à temps! Si vous les laissez trop longtemps, elles et leur magnifique bosse vont malheureusement retomber. Lorsque les bords commencent à être bien colorés, elles sont cuites!

Profitez dès lors de ce que Proust appelait ce « petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot »…

madeleines au thé vert

  • Éléments perturbateurs (pour 20 madeleines environ)

– 100 g d’œuf entier (normalement, 2 œufs)
– 100 g de sucre en poudre
– 20 g de miel (neutre ici)
– 100 g de farine
– 110 g de beurre
– 4 g de levure chimique

– 1 cuillère à soupe de thé vert moulu (dans un mortier ou mixé finement)

J’ai tout d’abord tenté avec du « vrai » thé matcha acheté dans une épicerie. En plus de son prix exorbitant, j’ai dû en mettre une quantité énorme pour que ma pâte colore et, malgré cela, je n’ai pas du tout décelé le goût du matcha dans la madeleine! Peut-être ai-je acheté un thé de mauvaise qualité? Quoi qu’il en soit, avec un bon thé vert normal, j’ai été très satisfaite du résultat!

thé vert madeleines

  • Péripéties

– Faites fondre le beurre et laissez-le tiédir.

– Fouettez ensemble l’œuf et le sucre pour faire blanchir le mélange.

– Ajoutez le miel (s’il est dur, passez-le quelques secondes au micro-ondes).

– Mélangez la farine, la levure et le thé et intégrez-les à la préparation en fouettant vivement.

– Incorporez le beurre et fouettez le tout.

– Versez cette pâte dans une poche à douille et placez au frais (15 minutes au congélateur ou 1 bonne heure au frigo).

Vous pouvez sans aucun souci congeler la pâte pour l’utiliser plus tard. Testé et approuvé!

– Préchauffez le four à 230-240°C.

Il vous faudra peut-être quelques essais pour déterminer la température idéale. Chez moi, 230° c’est trop faible et 240°, ça brûle! Donc, je préchauffe mon four à 235°C.

– Coulez la pâte dans les moules, jusqu’à 1 cm du bord (cela vous semble peu de pâte pour le moule, mais elle va s’étaler suffisamment).

J’ai utilisé un moule en silicone. D’habitude, je ne suis pas convaincue, mais j’ai essayé le moule en métal et mes madeleines ont adhéré au fond malgré la couche de beurre.

– Enfournez et baissez directement la température du four à 180°C. Laissez cuire 8 minutes environ.

– Démoulez sur une grille.

madeleines au thé vert

Que lire en mangeant une madeleine au thé vert?

 

Je ne ferai pas dans l’originalité (ni dans le blabla du prof de français, je vous épargne cela!), mais ma remarque sur les bases de la pâtisserie vaut également pour la littérature! A toujours vouloir découvrir les dernières nouveautés, on en oublie les fondamentaux… J’ose poser la question? « Avez-vous lu ne fût-ce qu’un passage de Proust? » Allez, ne me répondez pas, mais lisez celui-ci au moins (et dites-moi si vous êtes arrivé au bout :p)

* * *

 Il y avait bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l’appréhender? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité; Mais comment? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher? pas seulement: créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.

(…)
Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu’à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m’apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s’agit.
Arrivera-t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l’instant ancien que l’attraction d’un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être; qui sait s’il remontera jamais de sa nuit? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute œuvre importante, m’a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d’aujourd’hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine.
Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés depuis si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé; les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot – s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

 Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1913

* * *





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2 thoughts on “Madeleines au thé vert

  1. QUENOTTE

    30 jan on 2015 at 17:02

    magnifiques!je n’ai encore jamais réussi à faire la petite bosse je réessaierai!

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